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Politique & Société

Oui, je suis contre l'avortement

Nous vous proposons à la lecture un point de vue féminin sur l'interruption volontaire de grossesse.

Le droit à l'avortement fait partie de ces présupposés qui nous paraissent universalisables, de ces droits prétendument inaliénables qu'on n'a pas idée de remettre en cause à partir du moment où l'on se revendique progressiste, de gauche ou non-croyant.

Pourtant le jour où la question se pose pour soi-même et que l'on est relativement émancipée du joug familial, en âge et en situation de prendre ses décisions seule, la question se pose : suis-je pour ou contre l'avortement ? Non seulement pour moi-même ici et maintenant mais aussi dans l'absolu.

Question presque saugrenue dans un monde où les médias de masse, chiens de garde de l'idéologie dominante, pensent à notre place, aliènent notre pensée au point que l'on se dit qu'étant une jeune femme, progressiste et non catholique on ne peut être que pro-avortement, la question ne se pose même pas! Raccourci laconique. Argumentaire inexistant. Je veux pouvoir me positionner par rapport au monde seule, sans que l'on me dise ce que je dois penser en fonction de mon appartenance à telle ou telle catégorie socioculturelle.

La vie est Sacrée. Parti pris, certes ; pourtant partagé lorsqu'on considère le fait d'ôter la vie comme un crime que l'on condamne. La vie est Sacrée : argument soudainement irrecevable, voire hors sujet, lorsqu'on décide de manière totalement arbitraire et hypocrite que l'embryon n'est pas vivant. Manière commode de se déculpabiliser et de banaliser voire d'institutionnaliser ce qui n'est qu'un crime contre la vie et un abus de pouvoir.

Car c'est bien de pouvoir dont il s'agit, de pouvoir et de sentiment de toute-puissance de la mère vis à vis de ce qu'elle considère comme étant le fruit de ses entrailles. Pourtant, stricto sensu, la mère ne fait pas l'enfant. Son corps abrite la rencontre des deux patrimoines génétiques, puis la multiplication et la différenciation des cellules jusqu'à former un enfant. Elle est son environnement et la source de son alimentation. Mais l'enfant est un être bien distinct d'elle-même. Ce sentiment de pouvoir, de propriété sur l'enfant en devenir justifie ce droit de vie ou de mort. Il justifie également le fait que l'on préfère avorter plutôt que d'abandonner cet enfant qui serait immédiatement adopté et ferait le bonheur d'une famille mais qui dès lors échapperait à notre contrôle.

L'avortement est farouchement défendu sous prétexte du droit des femmes à disposer de leur corps. Or, lorsque ce corps abrite une tierce personne, il ne s'agit pas du droit des femmes à disposer de leur corps, le bébé n'est pas une excroissance dont on pourrait pratiquer l'ablation. Le droit des femmes à disposer de leur corps intervient bien en amont, il devrait être le droit des femmes à refuser la relation sexuelle et à refuser la potentialité d'une union féconde. La reconnaissance du viol comme un crime et l'accès à la contraception sont les deux dimensions fondamentales et suffisantes de ce fameux "droit des femmes à disposer de leur corps".

Malheureusement, l'on vit actuellement une telle période d'involution et d'inversion des valeurs qu'il est moins honteux d'ôter la vie in utero à son enfant plutôt que de le faire naître alors qu'on est jeune, sans mari ou sans travail. Il est également inenvisageable de soumettre son enfant à l'adoption alors qu'on a pris conscience de sa grossesse suffisamment tôt pour avorter. Pressions sociale et familiale qui poussent au crime un nombre considérable de femmes chaque année. Pression matérielle aussi dans un monde de plus en plus précaire.

Les enfants sont notre bien commun, ils sont l'avenir de ce monde. La société devrait célébrer leur venue et permettre à tout un chacun de les accueillir dans des conditions décentes. Créer les conditions d'une émancipation des jugements de valeur et de la pression matérielle qui permettent d'accueillir l'enfant sereinement et dans la joie: tel serait le véritable progrès au-delà d'une interdiction stricte de l'avortement.

La véritable lutte pour le droit des femmes ne se situe pas dans le fait de faire de la femme l'égale de l'homme, de permettre au soit-disant sexe faible d'atteindre toutes les caractéristiques du soit-disant sexe fort, en somme, de faire de la femme un homme. Je suis une femme et je tiens à le rester. Égalité de droit mais reconnaissance de nos différences fondamentales. Et émancipation maximale pour permettre à la femme d'être femme dans les meilleures conditions qui soient. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Nos différences "matérielles", biologiques, physionomiques n'ont rien de fortuites, elles sont le reflet, malgré tout, du rôle que nous avons à jouer sur un plan supérieur. Ceci apparaîtra aux "bien-pensants" comme le réquisitoire d'une anti-féministe, qui ose remettre en cause ce sacro-saint droit à l'avortement, devenu parfois devoir, pour lequel on s'est tant battu... Droit qui parait inaliénable et que seuls les catholiques sont en droit de critiquer. Chacun son rôle...

Peut-être que ceci paraîtra plein de bon sens aux personnes qui se sont éveillées, réveillées, qui comme moi, par des circonstances étranges, sans même toujours savoir pourquoi, sont parvenues à déchirer le voile qui biaisait leur conscience. Je ne crois pas que le féminisme véritable, celui qui intercède en faveur des femmes, soit celui qui se bat pour transformer les femmes en hommes, à l'image de cette Argentine (1) qui considère comme injustice et violence faites aux femmes le fait que les enfants se développent nécessairement à l'intérieur de leurs corps et qui revendique le droit pour les femmes de faire grandir leur futur enfant ex utero, dans un utérus artificiel...

Nous sommes en guerre, une guerre faite au sens, une guerre invisible, insidieuse et malgré tout ô combien violente. Guerre de lobotomisation, de manipulation des consciences collectives et individuelles, guerre d'inversion des valeurs, où le mal prend l'apparence du bien, où la mort singe la vie...
Guerre dont on constate combien elle est efficace quand on s'aperçoit, alors qu'on a déchiré le voile, que jusqu'à présent on n'y avait jamais vraiment vu clair...

Moi je suis du côté de la Vie.

Olympes

(1)  http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcela_Iacub

Commentaires (3)

  1. 1. Bernard COLLET lundi 03 mars 2014 à 11H20

    Comme dans le cas de l'euthanasie, je pense que légiférer l'avortement est une erreur. C'est une décision qui ne doit pas être pris à la légère. Il est des cas où elle est souhaitable : danger vital pour la mère, suite à un viol, situation sociale désastreuse, état psychologique délabré,...Décision à prendre après discussion-réflexion au niveau du couple, puis au niveau de l'équipe médicale. Le délai de réflexion règlementaire est bien. Et puis à la fin , c'est à la mère de décider en son âme et conscience en ayant bien à l'esprit que cet acte doit être exceptionnel et peut-être s'accompagner d'une démarche spirituelle (demander pardon à l'âme dont on a refusé l'incarnation). Ce qu'il faut surtout éviter c'est l'IVG de confort à visée contraceptive. L'IVG est un acte grave qui laisse des séquelles psychologiques lourdes et ne devrait jamais être pris à la légère. En tant que médecin qui a pratiqué dans le passé des IVG , j'ai beaucoup aimé votre article

  2. 2. Pierre lundi 07 avril 2014 à 20H40

    Cet article n'aborde pas un sujet pourtant essentiel. La viabilité ou les "tares" du foetus. En effet, les techniques de diagnostic anténatal permettent depuis plus de 25 ans de diagnostic des malformations très graves du foetus, et notamment les cas ou celui-ci n'est pas viable. Pousuivre une grossesse dans un tel contexte, sans aucun espoir de survie du nouveau né amène à une situation désespérée, psychologiquement dangereuse pour la mère.
    Cependant, ces diagnostics sont loin d'être aussi fiables que l'on veut bien le croire...
    Je connais ainsi le cas d'une grossesse déclarée alors sans espoir par le gynécologue, au vu des résultats des différents examens pratiqués. Malgré cela, la mère avait souhaité pousuivre sa grossesse.
    Le bébé se porte aujourd'hui très bien :
    Il a 25 ans, et termine ses études de médecine...

  3. 3. Isavulli jeudi 24 avril 2014 à 11H39

    Bravo pour ce texte magnifique, qui dit clairement ce que nous ressentons parfois un peu confusément....
    J'ai aussi fait l'objet, dans ma jeunesse, d'une proposition d'avortement thérapeutique, j'ai du me battre seule pour avoir une autre issue...aucune aide des médecins... seule une généticienne lyonnaise a accepté de m'aider dans le choix d'une autre alternative. J'avais parait-il, 90% de malchances d'avoir un enfant handicapé.... alors, soit j'ai eu beaucoup de chance, soit la toute puissance de la médecine périnatale n'est pas encore avérée.... mais aujourd'hui ma fille a 23 ans, elle prépare son CAPES, et va merveilleusement bien !
    Malgré la "bonne décision" et la fin heureuse de cette histoire, les quelques jours où nous sommes restés dans le doute avec mon mari et où il a fallu prendre une décision "incertaine" restent parmi mes plus horribles souvenirs.... j'imagine aisément que cela doit être encore plus terrible pour celles qui ont du prendre une autre décision.

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