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Politique & Société

Commemoration de l'Holodomor à Rennes

Samedi 2 novembre 2013, Rennes. La Cathédrale Saint-Pierre accueillait en ses murs la commémoration d'un épisode assez peu connu de l'histoire européenne : l'Holodomor.

C'est par ce terme que les Ukrainiens désignent ce qu'ils considèrent être la tentative délibérément perpétrée par l'Union Soviétique afin de faire disparaître leur Nation (population, culture, institutions). Un événement crucial dans la constitution de l'identité ukrainienne contemporaine.

Pour le 80ème anniversaire de ces événements tragiques, Mgr d'Ornellas, Évêque de Rennes, Dol et Saint-Malo a prononcé une allocution lors de cette cérémonie à l'initiative de laquelle on trouve le Comité Représentatif des Ukrainiens de France.

 

On retiendra de ses mots l'idée selon laquelle l’Église, particulièrement sensible à la question de la transmission des mémoires, se doit d'être attentive à celle qu'essayent de faire reconnaître les Français d'origine ukrainienne et parmi eux M. Philippe Naumiak, président du HGIR (Holodomor – Groupe d'Information et de Recherche). De fait, il n'est guère en France que l'institution catholique pour entendre et relayer cette volonté de reconnaissance depuis l'arrivée dans notre pays des Ukrainiens fuyant la persécution stalinienne dont leur Nation fit l'objet au début des années 30.

Cette cérémonie était ouverte à tous, et les cantiques entonnés par le chœur Saint Volodymyr, accompagnaient une atmosphère naturellement propice au recueillement.

Plus de quatre-vingt années se sont écoulées depuis les prémices de l'Holodomor. Les témoins directs de cette période sont de moins en moins nombreux à vivre en ce monde. Fort naturellement, l'extinction des derniers contemporains de ces événements a donc conduit les générations dépositaires de cette mémoire à produire un recueil des souvenirs transmis par les survivants.

Ce recueil a pris la forme d'un film dont la projection était proposée à l'Institut Franco-Américain à la suite de la cérémonie en la cathédrale.

Holodomor, le génocide oublié est un documentaire réalisé récemment par Mme Bénédicte Banet, grand reporter pour plusieurs télévisions européennes. Elle a notamment couvert pour la Cinq la chute du mur de Berlin, Solidarnosc au pouvoir, la fin de Ceausescu ou bien encore le conflit du Haut Karabagh.  

L'équipe de Bénédicte Banet retrace l’histoire d’un frère et de sa sœur qui retournent avec leur père ukrainien dans le village de son enfance qu’il a fui et n’a pas revu depuis la famine de l’Holodomor. Cette démarche personnelle a en premier lieu pour but de comprendre comment un événement tragique aura déterminé à la fois leur histoire familiale et leur identité culturelle. Ce voyage devient donc vite une galerie de portraits de dizaines de femmes et d’hommes qui ont vécu le même traumatisme dans le même village et qui, par leurs témoignages, éclaire le spectateur sur l’histoire tragique de tout un peuple.

Se succèdent à l’écran des visages fripés par le passage du temps. Des grands-mères ukrainiennes habillées de laine et couverte dignement qui, les lèvres flétries et les yeux mouillant, nous racontent les passages les plus funestes de leur vie avec une émotion forcément débordante.

Cela s'explique notamment par le fait qu'elles se confient à la caméra pour la première fois depuis ces événements, et ont soif de parler et de nous conter les souvenirs (très) difficiles qu’elles ont du garder pour elles jusqu’à présent : des souvenirs macabres, inimaginables, restant difficilement compréhensibles des années après et qui dans la bouche de ses gens simples, humbles et courageux, donne des vertiges au spectateur. Ces souvenirs personnels sont souvent confiés dans l’intimité de maisons modestes, décorées d’images de saints et de croix en bois.

Le reportage alterne images d’archives, témoignages d’historiens et d’experts en tout genre qui corroborent et approfondissent les témoignages de ces villageois. A travers la quête de Anne-Marie et Philippe Naumiak visant à comprendre leur identité par la découverte du traumatisme vécu par leur père, on découvre l’enthousiasme fervent de tout un village ukrainien qui, resté dans l’oubli après un tel événement, témoigne d'un besoin de compréhension et de reconnaissance pour ne pas sombrer dans un pessimisme, voire même une folie collectifs.

Les images de ce village intemporel qui semble oublié des hommes, et où les modes de vies et les coutumes restent ancrés depuis les événements, donnent l'impression de représenter honnêtement la mémoire de tout un peuple qui reste digne, fort de sa foi chrétienne et de ses autres croyances qui sont les seuls facteurs décelables pour expliquer une telle patience face à l’histoire.

La réalisatrice porte à l'écran de superbes plans des paysages ukrainiens mêlant rivières et verdure paradisiaques et illustrant les souvenirs du père, accompagnés de musiques enchanteresses issues de la culture locale, rendant ici hommage à ces joueurs de bandura exterminés en très grand nombre parce que moteurs puissants de la culture ukrainienne.

Cette œuvre humaine et touchante provoque un triple effet. Elle informe, elle émeut, et elle fait comprendre ce qu’est le Holodomor au spectateur : un massacre ethnique et culturel d’une Nation foncièrement rétive au modèle de l'homo sovieticus puisque farouchement attachée à sa terre, à ses coutumes et à son Christianisme. Il nous apparaît alors que cette Nation présente un exemple de dignité et de courage dont il est possible de s'inspirer dans notre combat pour la sauvegarde de nos coutumes et modes de vie face au modèle du nouvel homme nomade, apatride, androgyne, matérialiste, bionique ... auquel veulent nous amener les tenants du système de domination.

Il est par ailleurs évident que ce brillant documentaire juxtaposant émotions familiales et nationales, versions officielles et quêtes de vérité, plaide pour le fait que l’histoire des nations est une arme et que lorsqu'on la confisque à un peuple, qu'on l'empêche d'effectuer son deuil, on diminue ses chances de transcender un passé tragique afin qu'il se tourne vers l'avenir.

Entendu en ce sens, ce plaidoyer apparaît certes bien légitime. Cependant, il est également clair pour nous, patriotes français, qu'il s'agit là d'une revendication mémorielle et qu'à ce titre (chat échaudé craignant l'eau froide), elle nécessite, afin d'être sainement considérée, d'être accompagnée des propositions d'apports positifs à la communauté nationale de la part de ceux qui l'ont porté à nos yeux en ce samedi de novembre.

Nous serons ravis de leur offrir la possibilité d'exprimer leur point de vue sur notre site.

 

Commentaires (1)

  1. 1. Naumiak samedi 23 novembre 2013 à 19H50

    Merci pour ce brillant article, vous avez pleinement saisi l'essence du film et de notre démarche. Il est regrettable que TV Rennes, FR3 et Radio France Bleue Armorique n'aient pas répondu à mes sollicitations. Je ne peux remercier que Ouest France, la radio RCF et vous parmi les médias.
    Pour ce qui est d'une démarche réconciliatrice je dirai ceci : prendre conscience d'un génocide c'est se sensibiliser à tous les autres génocides et crimes de masse. Il n'y a pas de génocide incomparable. Travailler sur le Holodomor au village paternel m'a permis d'enquêter également sur la massacre des Juifs par balles en 1942 et d'en témoigner auprès de la Fondation pour la Shoah ce qui m'a valu un accusé de réception reconnaissant de Mme Veil. Je me suis intéressé par mes lectures au Rwanda, à l'Arménie, au Cambodge, à la Vendée et le suicide du colonel Jambon à Dinan devant le monument aux morts de l'Indochine m'a ému car c'est un acte de désespérance mémorielle que mon père aurait pu commettre. Les victimes françaises des goulags vietnamiens mériteraient une reconnaissance digne de notre Patrie commune : la France. Bien à vous avec ma gratitude. P.Naumiak

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