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Critiques de films

Coup de pied dans les valseuses !

La section E&R Bretagne organisait samedi 16 juin 2012 une formation à la rédaction d'articles de presse. Il s'agissait de fournir les principales règles méthodologiques à nos adhérents. L'équipe s'est ensuite mobilisée pour rédiger une analyse du film « Les Valseuses » de Bertrand Blier.

Réalisé en 1974, ce film est bien plus que l'apologie simpliste de la provocation et de l'anticonformisme. C'est aussi une leçon d'humilité et de vie dans la société française de l'époque.

Dans la France au lendemain de 68, Pierrot (Patrick Dewaere) et Jean-Claude (Gerard Depardieu) sont deux jeunes marginaux, obsédés par les plaisirs de la vie et veulent en profiter sans vergogne. Lors d'un vol de voiture qui tourne mal, Pierrot est blessé aux parties génitales. Dans leur cavale, il feront connaissance avec Marie-Ange (Miou-Miou) Commence alors l'aventure où chacun jouera magistralement son rôle. Jean-Claude meneur avec beaucoup d'esprit. Pierrot, garçon fragile tourmenté par son rétablissement «Et moi alors... Pourquoi j'bande pas ?» et Marie-Ange docile et naïve au départ, mais d'une grande tendresse.

Il est difficile ne pas faire le parallèle avec Confessions d'un dragueur d'Alain Soral dans le jeu des deux compères. Jean-Claude joue l'initiateur, celui qui fait profiter de son expérience à Pierrot. Il le guide dans la vie par son audace et son sens inné de la formule. Intuitif pour sentir les mauvais coups comme pour comprendre les femmes, il est à la recherche de la femme idéale. Une quête vaine.

L'image du français moyen dans le film n'est pas très glorieuse. Petit d'esprit, triste, soumis à la société de consommation et réactionnaire, le petit peuple de France en prend pour son grade, qu'il soit agriculteur ou vigile dans un hypermarché. Le comportement des deux compères est en totale rupture avec l'ordre moral établi. Sans état d'âme, ils détroussent autant la pauvre mère de famille que le médecin qui soignera Pierrot. Ils sont animés par le désir de jouir sans limites des femmes comme de l'argent. Pourtant dans la campagne française, la douceur de vie leur semble belle sans «Ces imbéciles heureux qui sont nés quelque part» pour faire l'analogie avec la chanson de Georges Brassens. Le rythme du film ralentit quand nos deux compagnons trouvent un peu de sérénité en pleine campagne (Pêche au bord du canal, potée partagée au coin du feu, terrasse d'un bistrot en bord de route).

La liberté des personnages est le fil conducteur, tout comme la recherche du plaisir sexuel. Aucune indication n'est donnée sur leur origines, leurs parcours et leur situation familiale. Leur destinée est inconnue. Aucune règle et aucune institution ne semblent avoir prise sur leur actes. Pourtant, à trop vouloir brûler leur jeunesse, ils se heurteront à la réalité de la société et prendront une leçon d'humilité. Les rencontres avec deux ex-prisonniers, d'abord la mère (Jeanne Moreau) et plus tard son fils, montrent que la maturité et la sagesse viennent aussi par l'enfermement. Ils feront l'expérience de la mort avec le suicide de cette mère qui refuse de vieillir. Plus tard, son fils réussira malgré lui et il sera le premier, à procurer un orgasme à Marie-Ange. Une découverte pour lui, mais un exploit pour nos deux acolytes.

« Çà y est... Je l'ai pris mon pied ! »

Cette phrase culte criée par Marie-Ange après son premier orgasme signe la césure dans le déroulement du film. Le plaisir sexuel ne devient possible que si la femme sort de sa passivité et prend l'initiative. Un revers pour le duo qui n'envisageait pas l'amour autrement que par la satisfaction d'un besoin bestial. C'est surtout le cas pour Pierrot qui veut en permanence se rassurer du bon fonctionnement de son organe. D'un coup, les pulsions sexuelles de l'homme deviennent dépendantes du désir de la femme. Le cours de sexualité que donne Jean-Claude à Pierrot paraît alors hors-sujet. La technique sexuelle laisse place au plaisir incontrôlable de la femme face auquel l'homme n'a aucune prise.

Le contexte social de l'époque est intéressant car il correspond au début des revendications féministes des années 1970 et de l'adoption de la loi Weil sur l'avortement. Une lecture plus profonde du film que celle de l'éloge de l'esprit de mai 68 montre que le scénario est en adéquation avec changement des mœurs. Soumise au début, initiatrice et maîtresse du plaisir des hommes, le rôle de Marie-Ange évolue à l'instar de celui des femmes dans la société. La fin de la famille bourgeoise traditionnelle n'est pas le droit de l'homme à jouir sans entraves, mais celui de la femme à prendre le pouvoir au sein du couple. Sous cet aspect, Les Valseuses est loin d'être conformiste et épouse l'évolution des mœurs.

Ce film n'est ni machiste et ni méprisant à l'égard des femmes. Bertrand Blier montre involontairement sans doute, que ceux qui ont le droit au plaisir ont changé de sexe. La femme triomphe donc, signe que le film est le reflet de cette époque charnière de l'évolution des mœurs annonçant celle du XXIème siècle.

Commentaires (3)

  1. 1. Gautier jeudi 08 novembre 2012 à 09H17

    J'adore ce filme ! Mais bien vus j'avais pas vraiment fait le rapprochement entre la coiffeuse qui prend son pied et l’évolution des meures dans le féminisme! La scène de fin est la plus brutale pour moi "On vas pas roulez tout droit comme sa sans savoir ou on vas?" "Bha pourquoi pas?!" " On est ps bien la ? Décontracté du gland ? Et on bandera quand on aura envie de bander !"

  2. 2. rico dimanche 29 juin 2014 à 19H28

    Scène de fin encore plus brutale, Gautier : la voiture roule vite dans une descente pleine de virages, et nos personnages sont -très probablement- dans la DS dont ils ont scié un essieu peu avant...

  3. 3. rico dimanche 29 juin 2014 à 19H29

    Scène de fin encore plus brutale, Gautier : la voiture roule vite dans une descente pleine de virages, et nos personnages sont -très probablement- dans la DS dont ils ont scié un essieu peu avant...

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